15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 14:27

Il était une fois deux moines qui se promenaient dans le jardin d'un monastère taoïste. Soudain, l'un des deux aperçut par terre un escargot traversant leur chemin. Son compagnon était sur le point de l'écraser par inadvertance quand il le retint à temps. Se baissant, il ramassa l'animal. « Regarde, nous avons failli tuer cet escargot. Or cette bête représente une vie et, à travers elle, un destin qui doit se poursuivre. Cet escargot doit survivre et continuer ses cycles de réincarnation. » Et, délicatement, il déposa l'escargot dans l'herbe. «Inconscient ! s'exclama, furieux, l'autre moine. En sauvant ce stupide escargot, tu mets en péril les salades que notre jardinier cultive avec tant de soins. Pour sauver on ne sait quelle vie, tu anéantis l'œuvre d'un de nos frères. »
Tous deux se disputèrent alors sous l'œil curieux d'un autre moine qui passait par là. Comme ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord le premier moine proposa : « Allons référer de cette affaire au grand prêtre, lui seul sera assez sage pour décider qui de nous deux a raison. » Ils se rendirent donc chez le grand prêtre, toujours suivis par le troisième, intrigué par cette affaire. Le premier moine raconta comment il avait sauvé un escargot et donc préservé une vie sacrée, recelant des milliers d'autres existences futures ou passées. Le grand prêtre l'écouta, hocha la tête, puis énonça : « Tu as bien fait ce qu'il convenait de faire. Tu as eu raison. » Le second moine bondit. « Comment ? Sauver un escargot dévoreur de salade, dévastateur de légumes, serait une bonne chose ? Il fallait au contraire écraser l'escargot pour protéger ce potager grâce auquel nous avons chaque jour de bonnes choses à manger ! » Le grand prêtre écouta, hocha la tête et énonça : « C'est vrai. C'est ce qu'il aurait convenu de faire. Tu as raison. » Le troisième moine, qui était resté silencieux jusque là, s'avança : « Mais leurs points de vue sont diamétralement opposés ! Comment pourraient-ils avoir raison tous les deux ? » Le grand prêtre considéra longuement ce troisième intervenant. Il réfléchit, hocha la tête et énonça : « C'est vrai. Toi aussi, tu as raison. »

Bernard Werber

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 15:45

IL ETAIT UNE FOIS une grande cité que l'on appelle Damvauthier. Les habitants possèdent des champs, des vergers ; ils ont en abondance bétail, gibier et poisons fins. Ils vivent dans une oisiveté dorée et passent leur temps dans les festins et les fêtes. On peut remarquer sur la grand-place un vieillard à l'air mystérieux. On le regarde avec une curiosité mêlée de mépris.

 

"Gens de Damvauthier, enfants égarés, changez de vie pendant qu'il en est encore temps. Sinon la colère de Dieu s'abattra sur vous et vous retomberez au néant !"

 

Mais personne ne tient compte de ses avertissements.

 

C'est un jour d'hiver froid et triste. Une femme franchit les portes de la cité. Elle a l'air d'une pauvresse. Dans ses bras, elle porte un jeune enfant qui grelotte et pleure. Elle frappe aux portes, sans se lasser, des riches maisons... et reçoit de la part des domestiques les mêmes refus sans émotion et l'ordre de passer son chemin.

 

Soudain, elle voit venir un vieillard très bon, qui est le moine de Condat et qui les accueille dans sa petite cabane dans la forêt. Il les fait entrer et allume un bon feu, qui les réchauffe. Puis il apporte un morceau de pain d'orge et un bol de caillé. L'enfant se met à sourire et le vieillard le regarde avec attendrissement.

 

- Vous nous avez sauvés, dit la femme, comment pourrai-je jamais vous remercier ?

- Ne songez pas à celà, ma soeur, et reposez-vous.

 

Minuit, Damvauthier veille. Le repas s'achève et l'on apporte des boissons fortes. Le fête bat son plein : plaisir, gaité, insouciance...

 

Tout à coup, le tonnerre gronde plus violent qu'aux jours des pires orages. L'eau dans les rues monte, pénètre dans les maisons. Les plus faibles surnagent un moment puis s'enfoncent en poussant un cri.

 

Les survivants, établis sur les toits, voient l'eau qui continue de couler, à un niveau toujours plus haut. Les derniers rescapés disparaissent. Puis, c'est le grand silence. les clochers émergent un moment puis leurs croix. Damvauthier est engloutie sous les eaux.

 

Le lendemain, la femme regarde autour d'elle. Elle sort de sa cabane et observe la vallée. A la place de Damvauthier, elle voit un grand lac. Elle ne comprend pas.

 

Le vieillard s'approche :

- Ma soeur, dit-il, les gens de cette ville n'ont pas écouté les avertissements de Dieu et ils ont été punis. Malheur à qui ne porte pas secours à l'indigent ! Malheur à celui qui reste insensible aux larmes d'un enfant !

 

La femme, dès lors, vécut avec son enfant au bord de ce lac, ququel elle donna le nom de Saint-Point, son protecteur. La cabane devint quelques années plus tard une chapelle. Des pêcheurs ont raconté que leurs filets se sont accrochés aux croix des clochers de la ville engloutie. Et surtout, dans la nuit qui a suivi la Toussaint, on a pu entendre nettement, montant du fond du lac, pour rappeler aux hommes le châtiment du ciel, le glas sonné par les cloches de la cité maudite...

 

E.R 07/09/12

M. VIENNET

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