22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 08:24


GUY MOQUET, né le 26 avril 1924, fusillé le 22 octobre 1941 (17 ans)

A la fin du mois d'Août 2007, la date du 22 OCTOBRE (jour anniversaire de l'exécution de Guy Môquet et de ses camarades) est retenue pour la lecture de sa lettre dans tous les lycées de France. La polémique enfle.

Il est vrai que la lettre de Guy Môquet fait bigrement parler en cette année 2007. Nicolas Sarkozy a déjà évoqué le résistant lors du congrès de l'UMP en Janvier 2007. La lettre a été lue aux joueurs de l'équipe de France de Rugby par leur entraîneur et futur ministre Bernard Laporte avant un match de Coupe du Monde, puis par une lycéenne lors de la cérémonie d'investiture de Nicolas Sarkozy.

Face à la polémique, le gouvernement annonce que, dès 2008, cette journée du 22 octobre sera consacrée à la jeunesse résistante.

HENRI FERTET, né le 27 octobre 1926, fusillé le 26 septembre 1943 (17 ans)

Je profite de ce jour pour vous présenter Henri FERTET, résistant Franc-Comtois, auteur lui aussi à quelques heures de sa mort d'une lettre bouleversante.

Né le 27 octobre 1926 à Seloncourt, dans une famille d'instituteurs, il entre en 1937 au Lycée Victor Hugo à Besançon. C'est un élève doué et travailleur. Besançon vit sous l'occupation nazi depuis 1940 et à l'été 1942, Henri Fertet rejoint le groupe de résistants de Marcel Simon à Larnod. En février 1943, le groupe Simon prend le nom de Groupe-franc "Guy Môquet" et mène des actions de lutte clandestine. Henri Fertet, nom de code "Emile-702", dirige 3 opérations :

- le 16 avril 1943, attaque du poste de garde du Fort de Montfaucon pour s'emparer d'un dépôt d'explosifs, attaque qui entraîne la mort d'une sentinelle allemande,
- le 7 mai 1943, destruction d'un pylone à haute-tension à Châteaufarine,
- le 12 juin 1943, attaque du Commissaire des Douanes allemand Rothe, sur la route Besançon/Quingey, pour lui prendre son arme, son uniforme et les papiers qu'il transporte. L'arrivée d'une moto empêche les résistants de se saisir des documents mais Henri Fertet blesse mortellement le Commissaire.

Les membres du groupe sont recherchés et arrêtés un à un à partir de Juin 1943. Henri Fertet est arrêté par les Allemands le 3 juillet 1943, à 3 heures du matin, chez ses parents à l'école de Besançon Velotte. Il est emprisonné à la prison de La Butte, est condamné à mort le 18 septembre, puis exécuté le 26 septembre 1943 à la Citadelle de Besançon avec 15 de ses camarades, après 87 jours de détention et de torture.


Monument au pied de la Citadelle de Besançon


Il adressera à ses parents sa dernière lettre, écrite au matin de son exécution :

Besançon, prison de la Butte (Doubs)

26 septembre 1943

Chers parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vu si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, [ce] que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir sur moi votre tendre sollicitude que de loin, pendant ces quatre-vingt-sept jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis et, souvent, je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez douter de ce que je vous aime aujourd’hui, car avant, je vous aimais par routine plutôt mais, maintenant, je comprends tout ce que vous avez fait pour moi. Je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être, après la guerre, un camarade parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué ; j’espère qu’il ne faillira point à cette mission désormais sacrée.

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement mes plus proches parents et amis, dites-leur toute ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, mes tantes et cousins, Henriette. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant mes camarades du lycée. À ce propos, Hennemay me doit un paquet de cigarettes, Jacquin, mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez le “Comte de Monte-Cristo” à Emeurgeon, 3, chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice Andrey de La Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon cher Papa, mes collections à ma chère maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.

Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête.

Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de soucis, je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout et je chanterai “Sambre et Meuse” parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’a appris.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur les “trois petits nègres”, il en reste un. Il doit réussir.

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai la conscience tellement tranquille.

Papa, je t’en supplie, prie, songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre, bientôt au ciel. Qu’est-ce que cent ans ?

Maman rappelle-toi :

“Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs Qui, après leur mort, auront des successeurs.”

Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.

Mille baisers. Vive la France.

Un condamné à mort de 16 ans.

H. Fertet.

Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.

Expéditeur : Monsieur Henri Fertet, Au ciel, près de Dieu.


Henri-Fertet
Portrait d'Henri Fertet, Source Musée de l'Ordre de la Libération


Henri Fertet, Compagnon de la Libération à titre posthume, Chevallier de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre 1939-1945, Médaille de la Résistance, Croix du Combattant Volontaire 1939-1945, Médaille des Déportés et Internés Résistants.


J'ai retrouvé sur Youtube "Le Régiment de Sambre et Meuse" (marche militaire de l'époque napoléonienne) chanté par Enrico Caruso en 1919. Je pense qu'il s'agit de la chanson à laquelle fait allusion Henri Fertet dans sa lettre.


Source : Camille885 sur Youtube


Extraits des paroles :

"Tous ces fiers enfants de la Gaule
Allaient sans trêve et sans repos
Avec leurs fusils sur l'épaule,
Courage au coeur et sac au dos !
La gloire était leur nourriture,
Ils étaient sans pain, sans souliers,
La nuit ils couchaient à la dure
Avec leurs sacs pour oreiller.

Refrain:

Le régiment de Sambre et Meuse
Marchait toujours au cris de Liberté
Cherchant la route glorieuse
Qui l'a conduit à l'immortalité."

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Published by Eilvys70 - dans GRANDS HOMMES
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